Tout professionnel — avocat, médecin, expert-comptable, ingénieur — connaît bien la frustration d'une créance restée impayée. Mais combien savent que, dans certains cas, même une créance réelle et dûment documentée peut devenir impossible à recouvrer, non pas parce qu'elle serait « prescrite » au sens ordinaire du terme, mais parce que la loi présume qu'elle a déjà été payée ? C'est précisément ce terrain qu'explore la récente ordonnance n° 20056 de la Cour de cassation italienne, publiée le 16 juin 2026, laquelle apporte d'importantes précisions sur une institution souvent sous-estimée : la prescription présomptive.
Qu'est-ce que la prescription présomptive et en quoi diffère-t-elle de la prescription ordinaire ?
Dans le langage courant, le mot « prescription » évoque l'idée d'un droit qui s'éteint parce que son titulaire est resté trop longtemps inactif. La prescription ordinaire fonctionne exactement ainsi : passé un certain nombre d'années sans que le créancier ait agi, le droit s'éteint.
La prescription présomptive, régie par les articles 2954 et suivants du Code civil italien (Codice Civile), obéit en revanche à une logique entièrement différente. Elle ne sanctionne pas l'inertie du créancier, mais repose sur une présomption légale de paiement : le législateur considère en effet que certaines créances — précisément en raison de leur nature — sont normalement réglées dans de brefs délais et sans laisser de trace écrite. Par conséquent, une fois le délai prévu écoulé, le paiement est présumé avoir eu lieu, quand bien même tel n'aurait pas été le cas en réalité.
Les créances professionnelles relèvent typiquement de cette catégorie. Songez aux honoraires d'un avocat pour une consultation ponctuelle, à la note d'honoraires du médecin de famille, ou encore à la rémunération d'un technicien pour une expertise occasionnelle : des prestations qui, dans la pratique, sont réglées en espèces, sans justificatifs formels, et pour lesquelles le créancier conserve rarement une documentation probante.
Le rôle crucial du comportement du débiteur en cours de procédure
Le point le plus délicat — et sur lequel intervient la Cour de cassation dans l'ordonnance commentée — concerne les conséquences procédurales de la prescription présomptive. Sa particularité réside dans le fait qu'elle peut être neutralisée par le comportement du débiteur lui-même.
En substance, si le débiteur, au cours de la procédure, reconnaît ne pas avoir payé, ou adopte un comportement processuel incompatible avec la thèse d'un paiement déjà intervenu, la présomption visée aux articles 2954 et suivants du c.c. tombe. Le professionnel créancier recouvre ainsi la possibilité de voir son droit reconnu.
Ce mécanisme emporte des implications pratiques très concrètes :
- Pour le créancier : il est indispensable de surveiller attentivement les déclarations et les moyens de défense du débiteur dès les premières phases de la procédure, car une reconnaissance — même implicite — peut s'avérer décisive.
- Pour le débiteur : invoquer la prescription présomptive et adopter simultanément un comportement processuel incompatible avec la thèse du paiement accompli risque de faire tomber la présomption même sur laquelle repose ce moyen de défense.